La sociologie entretient avec le système d'enseignement français des relations
ambiguës. Dès le début de ce siècle, la sociologie française naissante portait son regard sur le
système éducatif, à travers l'intérêt que manifestait E. Durkheim pour les questions
pédagogiques, mais aussi pour le rôle de l'école dans le processus de socialisation. En
témoignent ses nombreux écrits touchant à ces questions, et son implication personnelle dans
la formation des enseignants, à travers un cours professé en 1905, et publié en 1938 sous le
titre "L'évolution pédagogique en France ».
Dans l'autre sens, le grand projet de l'école laïque et républicaine, avec son ambition
d'offrir à tous le savoir scolaire, ne pouvait ignorer un champ de recherche qui touche d'aussi
près les questions fondamentales de l'éducation, de la citoyenneté, des inégalités d'accès à la
culture et au savoir. Et pourtant, les pédagogues ont longtemps manifesté une superbe
ignorance de la sociologie : à titre d'exemple, l'ouvrage fameux et à bien des égards
remarquable de F. Buisson, le « Nouveau dictionnaire de Pédagogie » s'il consacre cinq
pages (sur 2071 !) à la psychologie, ne mentionne même pas la sociologie dans son édition de
1911, et ignore le nom même d'E. Durkheim. Même ignorance, en 1934, dans la « Pédagogie
Générale » de L. Augé (ouvrage rédigé à l’intention des élèves instituteurs) qui se contente
de citer abondamment Rousseau à propos du "but moral et social" de l'éducation. De plus, le
développement théorique de la sociologie après Durkheim va très largement ignorer le champ
scolaire, et il faudra attendre les années soixante pour que se constitue en France une véritable
sociologie de l'éducation, illustrée par les travaux de nombreux et prestigieux sociologues.
Cette branche de la sociologie n'a cessé depuis de se développer.


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